Le symbolisme du « Pôle » et du « Nord »

Posté le 19 octobre 2018 par Pierre-Yves Lenoble dans Articles

« (…) nous considérons l’origine des traditions comme nordique, et même plus exactement comme polaire, puisque cela est expressément affirmé dans le Vêda, aussi bien que dans d’autres livres sacrés. La terre où le soleil faisait le tour de l’horizon sans se coucher devait être en effet située bien près du pôle, sinon au pôle même », René Guénon, Formes traditionnelles et cycles cosmiques (Gallimard, 1970, p. 37).

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Chez un nombre considérable de traditions et de sacralités humaines, généralement issues de la sphère civilisationnelle indo-européenne et de l’hémisphère nord, le symbolisme du « Pôle » ou du « Nord », sous des formes mythologiques diverses et variées, a joué un rôle central et primordial.

On ne compte plus en effet les récits et les écrits sacrés faisant état de l’archétype, tant micro- que macrocosmique, du continent (de l’île ou de la montagne) situé dans les lointaines régions polaires ou circumpolaires, et considéré à la fois comme une terre réelle et une terre céleste, à la fois foyer originel de l’humanité et séjour spirituel suprême, à la fois « Centre » du monde et de l’être, à la fois lieu bien réel et état ontologique surhumain, ainsi que l’exige la pensée traditionnelle faisant de la géographie terrestre un reflet analogique de la géographie de l’âme.

Mettant en parallèle les traditions avestique et islamique de Perse, Henry Corbin montre bien l’omniprésence et l’importance de cet archétype imaginal du « Nord cosmique », de la « Montagne polaire » ou du « Pôle céleste » dans leurs enseignements cosmologiques et métaphysiques, et écrit par exemple que « (…) les Hyperboréens symbolisent l’homme dont l’âme a atteint une complétude et une harmonie telles, qu’elle est sans négativité ni ombre ; elle n’est ni de l’orient ni de l’occident. (…) un paradis terrestre dans l’Extrême-Nord dont la configuration est celle d’un carré parfait, comme le var de Yima, comme les cités d’émeraude Jâbalqâ et Jâbarsâ, comme la Jérusalem céleste » (L’homme de lumière dans le soufisme iranien, Présence, 1971, p. 65).

Nous élargirons le propos en rappelant l’universalité et la floraison du symbolisme polaire, et surtout, en précisant qu’un grand nombre de civilisations traditionnelles à travers l’histoire — de l’Arabie musulmane à l’Antiquité gréco-latine en passant par l’Europe nordico-celtique, du Moyen-Orient mazdéen à la Sibérie chamanique en passant par l’Inde brahmanique, des diverses traditions amérindiennes à la Chine confucéenne en passant par les steppes païennes d’Eurasie — ont toutes connu des récits sacrés, des mythes et des légendes autour d’un situs nordique primordial, d’une région septentrionale, mi-tangible mi-éthérée, en tant que berceau géographique de l’humanité et terre édénique des Immortels.

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Donnons donc quelques illustrations caractéristiques, de façon non-exhaustive bien entendu, des plus célèbres traditions autour du « Pôle » symbolique et du « Nord » cosmique.

Ainsi, dans l’ancienne religion iranienne la contrée nordique et archétypique est l’Airyanem Vaejah (ou Erân-Vêj), le lieu d’origine des fameux Aryens (et plus généralement de l’humanité entière), aujourd’hui rayé des cartes suite à une terrible glaciation planétaire provoquée par les puissances ahrimaniennes. Selon le Vendidad (II, 21), le dieu céleste Ohrmazd demande à Yima, le premier homme, de construire le Var — sorte d’enclos paradisiaque incorruptible, éclairé de l’intérieur par une lumière supra-sensible — afin de se prémunir contre la catastrophe à venir et pour y rassembler les meilleurs de tous les êtres. Notons que ce territoire fortifié, situé idéalement dans les hautes régions polaires (assimilées au sommet du mont cosmique Alborj), doit être avant-tout conçu comme un domaine supra-terrestre en dehors de notre espace/temps et se présente donc comme un monde spirituel, tant génésiaque qu’eschatologique.

Des archétypes et des symboles tout à fait similaires se rencontrent aussi chez les voisins de l’Inde védique et brahmanique. Les textes de l’hindouisme parlent à cet égard d’une fabuleuse Île Blanche primordiale (Shwêta-dwîpa), située dans l’ « océan de lait » à l’extrême-nord du monde habité et considérée comme un âge d’or intemporel (on la surnomme l’ « île de la splendeur » ou le « séjour des Bienheureux »). Sur cette île trans-mondaine (amalgamée symboliquement avec le sommet du mont cosmique Mêru où se trouve l’Étoile Polaire flamboyante, le pivot central de l’univers) vivent harmonieusement tous les yogis et les hommes libérés des liens de la matière, réunis autour du dieu Vishnu sous sa forme solaire (il est présenté comme le « Blond », le « Doré » et le « portier du ciel », son palais brille de mille feux). Ce peuple d’élus est connu comme la race des Uttarakura (uttara signifiant en sanskrit « nord » ou « région la plus élevée » ; les auteurs grecs évoquent quant à eux les Attacori ou les Ottorokorai) ou les « fils de Brahma » ; voici comment les protagonistes du Mahâbhârata (III, 38-39) décrivent les habitants de ce paradis polaire : « Là nul n’était supérieur aux autres, tous avaient la même luminosité, d’un blanc étincelant. Nous pensâmes que ce continent était le séjour de la lumière des origines »…

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Notons enfin que toutes ces traditions concernant le foyer arctique primitif des peuples indo-iraniens — qui revêtent prioritairement un caractère symbolique et qui sont porteuses de multiples enseignements métaphysiques — se présentent également comme un lointain souvenir d’un précédent cycle d’humanité, historique bien qu’antédiluvien. Effectivement, l’éminent savant indien Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak (dont la vie est aussi instructive que l’oeuvre), dans son livre d’un intérêt majeur intitulé explicitement Origine polaire de la tradition védique (Archè, 1979, p. 363) a indiscutablement démontré que les sacralités indo-aryennes proviennent d’un ancien peuple unique, originaire des régions polaires et circumpolaires, obligé de descendre vers des contrées plus méridionales suite à une catastrophe naturelle (vraisemblablement une glaciation soudaine) : « Notre objet était simplement de montrer qu’il y a suffisamment de preuves dans les Védas et l’Avesta pour établir l’existence d’une origine arctique des Aryens à l’époque interglaciaire, et le lecteur qui nous a suivis tout au long de notre exposé peut voir à présent que la théorie que nous avons tenté de démontrer est fondée sur un solide ensemble de textes et de passages qui ont été préservés par la tradition, qui appartiennent aux deux plus anciens recueils de la race aryenne, et qui trouvent une confirmation indépendante à partir de sciences telles que la géologie, l’archéologie, la paléontologie linguistique, la mythologie comparée et l’astronomie ».

En ce qui concerne les ancestrales traditions extrême-orientales (Chine, Tibet et Sibérie), le mythe universel de l’île/continent septentrionale en tant qu’ailleurs béatifique éthéré est également bien présent. Songeons par exemple aux aventures des héros civilisateurs Yu-le-Grand et Mou, les empereurs légendaires naviguant chacun vers une terre arctique merveilleuse, sorte de pays de Cocagne habité perpétuellement par les « hommes transcendants » et autres sages immortels (les textes parlent de « la race aux os mous et aux corps souples », d’hommes blancs comme la neige et volant à travers les airs) qui s’abreuvent à la fontaine de jouvence ; dans le Lie-Tseu (V, 6), nous lisons ainsi : « Alors que le grand Yu mettait de l’ordre sur terre et canalisait les eaux, il s’égara, contourna la mer du nord, et arriva, très loin, tout au septentrion, dans un pays sans vent ni pluie (…). La région est très salubre, ses habitants sont doux et simples. (…) Ils apaisent leur soif en buvant l’eau du geyser merveilleux et réparent leurs forces par un bain dans ces mêmes eaux. », et plus loin, il est dit : « Le roi Mou de Tcheou, voyageant dans le Nord, atteignit, lui aussi, cette contrée et s’y oublia durant trois années. Quant il eut rejoint son palais de Tcheou, il fut pris d’une si grande nostalgie pour ce pays qu’il fut frappé de mélancolie : il refusa de toucher à la nourriture et au vin, il refusa de voir ses femmes et ses serviteurs ».

Pour le Bouddhisme tibétain, le séjour spirituel suprême, réservé aux pieux et aux justes, est incarné symboliquement par le fameux territoire caché d’Agartha et sa capitale mystique de Tshang Shamballa, surnommée de façon explicite la « Cité du Nord » ou la « Cité de la Paix » (entendu comme la paix intérieure) ; les yogis utilisent d’ailleurs l’expression caractéristique de « chemins du Nord » pour parler de la voie initiatique menant à la délivrance finale (cela équivaut à la « voie lactée » des cultes païens, la « voie des dieux » platonicienne, la Dêva-yâna de l’Inde, le Tao chinois, le Shinto japonais ou la « voie droite » islamique).

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Dans un registre similaire, les traditions ésotériques de l’Islam évoquent également une terre transfigurée (de nature psycho-cosmique dira-t-on) localisée à l’extrémité septentrionale du monde connu, pour ne pas dire au seuil de l’autre-monde. Selon les récits et les légendes du Soufisme, il est possible pour l’être engagé dans une voie de libération spirituelle — via une ascèse constante et une vision théophanique provoquée par l’imagination active, en faisant fonctionner « l’œil du coeur » — d’accéder à la cime imaginale de la montagne polaire de Qâf située in medio mundi, que l’on atteint « ni par terre ni par mer », qui est insubmersible lors des déluges et qui abrite saints et autres immortels. Sur le blanc sommet de Qâf, en ce domaine subtil des Lumières incréées, des Formes parfaites et autres Archétypes apparitionnels, les voyageurs de l’âme, revenus à « l’état primordial » d’avant la Chute, ont l’occasion de contempler et de découvrir divers endroits (ou plutôt des envers) tous plus magico-idylliques les uns que les autres, à l’image de la terre mystique de Hûrqalyâ et ses cités rayonnantes, de la Sphère des Sphères planétaires ou du Plérôme archangéliques, de l’inébranlable Rocher d’émeraude communiquant son reflet à tout le cosmos, de la Source de Vie, du Huitième Continent central (notons qu’à notre époque de souillure généralisée, le « huitième continent » désigne un gigantesque amas de déchets en plastique répugnant), ou encore de la mystérieuse Île Verte au milieu de la mer blanche.

Nous terminerons ce rapide tour d’horizon de la symbolique du « Pôle » en évoquant bien sûr les traditions de l’Antiquité gréco-latine et de l’Europe barbare nordico-celtique. Songeons simplement à la légende très connue de l’Apollon Hyperboréen (célébré notamment dans le prestigieux sanctuaire de Delphes), le dieu de la lumière civilisatrice venu des terres polaires originelles, guidé par des cygnes sacrés…

De même, de nombreux philosophes antiques (Pythagore, Homère, Plutarque, Diodore, Pindare, Strabon, Pline, Cicéron… etc.) ont fait mention d’un mystérieux continent perdu (ou d’une île inaccessible) situé tout au nord de la planète, près du pôle, et considéré, comme il se doit dans la perspective traditionnelle, tel un Élysée mirifique, un jardin des délices supra-terrestre et achronique, où héros et bienheureux vivent des jours heureux. La meilleure description de cette terre céleste nous est donnée par Hécatée d’Abdère (cité par Diodore de Sicile au Livre II de sa Bibliothèque historique) plusieurs siècles avant notre ère : « Vis-à-vis de la contrée des Celtes‚ dans les parties de l’Océan‚ il y a une île appelée Leuké‚ c’est-à-dire Blanche. Latone‚ mère d’Apollon‚ y naquit‚ et à cause de cela‚ Apollon y est vénéré plus que les autres dieux (Apollon était appelé Apollon LeukosLeukiosLeukaios). Parce que les Hyperboréens de l’Île Blanche célèbrent ce dieu chaque jour et lui rendent les plus grands hommages‚ on dit que ces hommes sont les prêtres d’Apollon. (…) De cette île on peut voir la Lune‚ peu éloignée. Les souverains sont les Boréades‚ descendants de Borée. On appelait aussi cette île Helixea (Felicia) ou l’île des Bienheureux ».

D’autres auteurs ont particulièrement insisté sur les caractères éthérique, surnaturel, intemporel et paradisiaque de l’Île Blanche boréenne. Le poète Pindare, dans sa dixième Ode Pythique, précise bien que « Ni par bateaux ni par terre vous ne pourrez trouver la merveilleuse route qui vous mènerait chez les Hyperboréens » ; dans le même esprit, le navigateur semi-légendaire Pythéas le Massaliote, dans ses récits de voyage en mer du Nord (qui sont connus grâce à son De l’Océan dont de rares bribes nous sont parvenues), dépeint l’extrémité septentrionale du monde comme une zone « où on ne trouve plus de terre proprement dite, ni de mer, ni d’air, mais un mélange de tous ces éléments ». Dès lors, nous dirons simplement que l’île nordique de l’Ultima Thulé (similaire à la Tula des Hindous ou la Tullan des vieux Toltèques), de Leuké ou d’Hyperborée des traditions antiques, au même titre que l’Ogygie homérique, n’est localisable sur aucune mappemonde et est bel et bien, comme ses surnoms l’indiquent, la « terre du brouillard » ou la « terre au-delà des brumes », pour ne pas dire la terre subtile située dans les nuées des « eaux supérieures »…

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Les traditions celtes et scandinaves des barbares européens ne furent pas en reste quant à ce continent polaire primordiale, d’une nature plus imaginale que géographique. Pensons par exemple aux mythiques Boréens, ces fameux « descendants de Borée » évoqués par Diodore, qui sont identiques aux « fils de Bor » de la tradition nordique (surnommés la « race d’or » et siégeant intemporellement dans le Midgard)‚ c’est-à-dire proprement les “fils de l’Ours”‚ les racines bor, bur ou bar désignant « l’ours ». Du reste, selon certains linguistes, le terme « barbare » proviendrait de l’expression wisigothique Bär Baur signifiant « fils de l’ours », et serait vraisemblablement à l’origine de notre mot « baron » ; on retrouve aussi cette dénomination chez certains peuples anciens comme les Burgondes, les Bouriates ou les Borussis (anciens noms des Prussiens).

De même‚ les racines celtes arca ou arth servent à désigner l’ours‚ la Grande Ourse ou le nord, ce qui permet d’avancer que cette “terre de l’ours” est bien située en Arctique (pensons aussi aux régions d’Arcadie ou d’Artois) ; rappelons au passage que le blason des Goths était l’ours et que les Aïnous du Japon (peuple non-asiatique d’origine paléosibérienne) se rangent eux-aussi parmi les “peuples de l’Ours” puisque leur cosmogonie affirme que l’ours divin Aïoïna a été envoyé sur terre par la divinité suprême pour les enfanter et les instruire.

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Enfin, à titre anecdotique, nous tenons à citer ce curieux passage d’Hérodote (Clio IV, 7) qui rapporte une étrange croyance scythique faisant référence à une terre nordique cachée, vraisemblablement plus aérienne que physique : « Les lieux les plus lointains, au nord des régions habitées, ne sont, disent les Scythes, ni visibles ni abordables, à cause des plumes répandues en l’air et sur le sol : leur abondance est telle qu’elles interceptent la vue »…

A travers cet article et à la suite de tous ces exemples (tout à fait concordants entre eux bien qu’issus de traditions complètement disparates), l’idée principale nous souhaitions dégager est celle-ci : à une époque fort reculée, la région polaire et circumpolaire ― qui devait jouir en ces temps-là d’un climat tempéré ― a été l’un des plus importants foyers de l’espèce humaine (nous ne disons pas Le foyer de l’humanité, tel R. Guénon, mais l’un des foyers car il en existe d’autres selon nous), et, à la suite d’une catastrophe naturelle (vraisemblablement une terrible glaciation, mais certains auteurs parlent d’une inclinaison de l’axe terrestre), les hommes ont émigré vers le sud pour y fonder diverses civilisations.

Cependant, selon la loi traditionnelle d’analogie entre les causes physiques et les causes spirituelles, la question de la provenance géographique de l’humanité n’a qu’une importance secondaire. En effet, si l’on se penche de plus près sur tous les textes et les récits sacrés évoquant la terre nordique originelle, on en arrive vite à la conclusion que ce lieu idyllique devait être avant-tout d’une nature supra-terrestre : nous sommes là en face du mythe universel de la chute des anges rebelles, de l’expulsion du paradis ou de la fin de l’âge d’or, dont la signification première est celle de la solidification du proprium humain, de la dégradation ontologique de l’homme (en ce sens, on peut dire qu’il a « perdu le nord »), voyant ce dernier quitter son origine subtile et parfaite au sein de la Terre céleste éternelle pour se retrouver ici-bas, incarné dans un corps de chaire corruptible…

 

 

4 Commentaires le “Le symbolisme du « Pôle » et du « Nord »”

  1. Anwen

    Un intérêt puissant s’attache à l’histoire des anciens Perses.
    « Ancêtres de la race Aryenne, dont nous sommes les descendants, ils ont joué un rôle immense dans l’évolution religieuse de l’humanité. Les Ecritures saintes ont fait de leur pays, l’antique Iran, le berceau de l’humanité. »
    Nous n’admettons pas ces fables, mais nous affirmons cependant que cette race a eu une influence considérable sur la première civilisation humaine. Nous avons à en chercher la source.
    On nous parle beaucoup des migrations de la race Aryenne qui aurait envahi l’Ouest et le Sud-Est, peuplant une partie de l’Asie Occidentale, l’Europe presque entière, et atteignant jusqu’aux Iles Britanniques et à l’Irlande, dont le nom signifie : Terre des Ires ou Aryas.
    Mais aujourd’hui que la grande rectification de l’Histoire est commencée, nous savons que ce n’est pas du Sud qu’est venue la lumière, c’est du Nord. Et nous savons aussi, comme l’explique l’Origine végétale, que les nations sont toutes autochtones, la terre ne s’est pas peuplée par des émigrations, il n’y a pas eu d’homme primitif créé par la volonté d’un Dieu Créateur dans un endroit donné, l’humanité est sortie de la terre végétale, par voie d’évolution, dans tous les pays en même temps.
    Donc il faut abandonner la théorie des émigrations de peuples. Mais si les hommes ne se sont pas déplacés en masse, ce qui a circulé, c’est l’idée, c’est la pensée créatrice qui a fait naître des religions et des civilisations.
    La Perse fut appelée au début Airiana, dont on a fait Eran, puis Iran, l’ancien nom du pays.
    Dans l’A-Vesta, on énumère 15 localités excellentes créées par Ahura-Mazda (le principe du Bien), et la première s’appelle Airyana Vœja (1). C’est de ce mot Airiana que viendra, le nom Airyas, puis Aryas, donné aux Hindous et aux Perses.
    L’endroit que, dans le Vendidad, on désigne sous le nom de Airyana Vaêjo et où naquit le législateur originel est appelé, dans la littérature Pourânique, Shvêta Dvîpa, Mont Mérou, demeure de Vishnou, etc.,
    Sur le Mont Mérou le soleil ne se couche pas.
    Ceux qui ignorent que le Soleil est ici le symbole de l’Esprit ont cru que le Mont Mérou était situé au pôle puisque le Soleil ne s’y couche pas.
    Dans les traditions populaires conservé aux Indes, on nous dit que sur le mont Mérou s’élevaient deux arbres représentant les hommes primitifs. Mais le premier arbre est hermaphrodite. Cet être embryonnaire vivant encore dans sa formé végétale, c’est le Yadjour-Véda blanc. C’est l’histoire de nos ancêtres primitifs.
    Voici ce qu’en dit la légende :
    « Lui ne goûtait aucun plaisir, de même que l’homme ne se réjouit pas quand il est seul. Il désira l’existence d’un autre et tout à coup il devint double, mâle et femelle ».
    Adima et Héva se trouvent dans les Védas et représentent l’humanité primitive. Leur paradis est la délicieuse île Taprobane (Ceylan). Il leur était défendu de quitter leur paradis (c’est-à-dire leur pureté). Cette défense fut enfreinte à l’instigation d’Adima (non pas de Héva). Ils ne purent rentrer dans l’île (dans leur innocence) et furent condamnés à travailler, à lutter, mais ils reçurent la promesse d’une rédemption.
    D’autre part, la légende raconte que :
    « Le grand Esprit, s’étant posé sur un cotonnier, détacha de l’arbre quelques écorces qu’il laissa tomber dans un ruisseau et qui, par le contact de l’eau courante, se trouvèrent douées de mouvement et prirent la forme de tous les animaux.
    « L’homme fut le dernier des êtres ainsi créés ; aussitôt qu’il parut, le grand Esprit le plongea dans un profond sommeil, et l’homme en s’éveillant trouva la femme à son côté ».
    Ce récit qui, dans la forme que nous venons de citer, est absurde, n’en est pas moins l’affirmation de l’origine végétale.
    Le grand sommeil, c’est la vie végétative.
    Suite : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/perse-et-chine.html
    [...]
    Permettez quelques mots sur l’origine du symbolisme de l’ours.
    Chez les peuples du Nord, l’homme bestial est comparé à l’Ours.
    Le mot « barbare » ou « berber » (de bær-bor) signifiait chez les Boréens ceux qui portent l’ours, les hommes chasseurs, les insociables, doués d’une grande force musculaire.
    Par extension, on arriva à appeler ces hommes des ours, ce qui voulait dire des gens non policés, vivant entre eux, loin des autres, et ne sachant pas se conduire dans la société des femmes (1).
    Cette épithète, d’abord mal prise, fut plus tard acceptée, et l’homme par réaction s’en para, comme d’un titre glorieux.
    Dans le blason armorial commun des temps primitifs, l’ours figurait, et son nom bor (ours dans les langues Scandinaves) devint la racine du mot Boréen.
    Quand vint la grande lutte de l’homme contre la Femme, c’est l’Ours, l’homme barbare, qui devint le lumineux ; l’homme se déifia et se fit si grand qu’il se compara au soleil.
    On retrouve l’ours comme symbole archaïque d’Ouranos (Uranus), l’éjaculateur, le projecteur de lumière.
    C’est à ce moment que les constellations astrales du nord furent appelées des ourses : la grande et la petite.
    Dans l’écriture primitive, la lettre R est le signe du mouvement, c’est l’emblème de l’homme ; la lettre S est le signe de l’Esprit, c’est l’emblème de la Femme. Ces signes ont la forme d’un chariot. Le signe féminin représentait le grand chariot, la grande lumière ; le signe masculin représentait la petite lumière, le petit chariot.
    Plus tard, l’homme donna son emblème : l’ourse aux deux chariots, supprimant l’emblème féminin, car l’homme ne partage pas, il prend tout.
    Par la suite, les idées et les symboles des peuples méridionaux arrivèrent jusque chez les Boréens ; alors ceux-ci adoptèrent les idées régnantes qui divisaient le monde en lunaires et solaires. Ils firent de leur petit chariot le symbole des lunaires, et de leur grand chariot le symbole des solaires.
    Mais, avant de connaître les luttes des autres peuples, ils avaient soutenu les mêmes disputes et avaient aussi pris des emblèmes astronomiques.
    L’aurore boréale fut aussi regardée par les hommes comme un symbole de lumière masculine.
    Mais on ne détruit pas ainsi toutes les anciennes idées, basées sur les lois de la nature, par des imputations contraires. Si le mensonge a des partisans, la vérité en a aussi. On vit, à la suite de ce renversement des sexes, tout le monde septentrional se diviser en deux camps : les Tour-an (Bers cheminant) qui étaient les masculinistes qui suivaient l’Ours, et les Ku-an, les féministes qui ne suivaient pas l’ours (les Bers sédentaires ou Barons), les nobles.
    (1) « La ville de Berne, de temps immémorial, entretient des ours ; on raconte, pour expliquer cet usage, l’histoire d’un grand ours tué au IXème siècle près de Berne par un chasseur dont on dit même le nom. Cette histoire, comme beaucoup de fables antiques, a été inventée de toutes pièces pour expliquer à la fois le nom de Berne (Ours, en allemand, se dit Bàr) et le respect traditionnel des Bernois pour les ours. En réalité, la cause de cette sorte d’alliance est bien plus ancienne ; la preuve en a été faite de notre temps. Tout près de Berne, on a découvert un groupe en bronze, datant du Ier ou du IIème siècle de l’ère chrétienne, qui représente un ours de très grande taille s’ approchant, comme pour lui rendre hommage, d’une déesse assise ; l’inscription gravée sur la base du bronze nous apprend que c’est une offrande pieuse, un ex-voto à la déesse Artio. Artio est un nom celtique qui est apparenté de très près au nom grec de l’ours, arktos ; la déesse Artio était alors une déesse ursine, une déesse ayant l’ours pour attribut ou pour compagnon.
    Donc, avant l’époque des divinités à figure humaine, Artio était une déesse-ourse, une ourse sacrée ; le souvenir du culte de l’ours s’est maintenu dans la ville de l’ours (Berne) à travers les siècles, et c’est seulement en 1832, à Muri en Suisse, qu’une découverte heureuse a permis d’y reconnaître une survivance du totémisme préhistorique » (Salomon Reinach, Orpheus, p.23).
    Cordialement.

    • Pierre-Yves Lenoble

      Encore merci pour vos commentaires enrichissants ; vous avez raison sur l’aspect avant-tout ontologique du symbolisme du pôle. A mon avis, le terme Arya, qui signifie agriculteur ou seigneur d’une terre (arare = terre) renvoie essentiellement à ceux qui sont établis dans la terre céleste, tels les laboureurs du ciel alchimistes. Cordialement.

  2. ka

    Bonsoir, voici un récent article sur Cergy & l’hyperborée. Extrait:  » L’autre axe vert qui mène au pays des Hyperboréens
    François Mitterrand n’a pas oublié de saluer secrètement le Nord, et le dernier pays des Hyperboréens qui fût la grande Bretagne.

    https://www.pagans.eu/en/la-revelation-de-cergy-mitterrand-nous-indique-alesia/

    • Pierre-Yves Lenoble

      Merci pour ce lien, il y a des choses intéressantes (notamment sur la pierre de Couhard), même si je vous avoue ne pas être d’accord avec tout (ma perspective est plus spiritualiste). Cordialement.

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