La sacralisation du pouvoir

Posté le 15 mai 2018 par Pierre-Yves Lenoble dans Articles

« Ce mot de roi est un talisman, une puissance magique qui donne à toutes les forces et à tous les talents une direction centrale », Joseph de Maistre (Étude sur la souveraineté, livre II, chap. 2).

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Le pouvoir réel dans toutes les sociétés traditionnelles, des simples tribus aux grandes civilisations, a toujours été attribué à un seul homme (roi, empereur, pharaon, calife, raja…), littéralement un monarque, dont la fonction revêtait avant-tout une dimension transcendante et un caractère sacré : ainsi représentait-il bien plus qu’un simple chef temporel, il était l’incarnation vivante d’un principe spirituel, supérieur et fédérateur, c’était « l’Axe » humain autour duquel la sphère sociétale s’organisait.

Dés lors, tout chef traditionnel pourrait légitimement déclarer : « Mon principe est tout, ma personne n’est rien », comme le dit l’expression bien connue du Comte de Chambord ; de même, la phrase proclamée à chaque avènement d’un nouveau monarque français : « Le roi est mort, vive le roi », montre clairement que l’homme fait de chair et d’os qui se trouve sous la couronne est sans importance au regard de la fonction royale et du principe supra-humain dont il est le dépositaire passager.

Contrairement aux modes de gouvernance modernes usurpateurs, basés sur la domination brutale, la force économique ou le vote démocrateux, les dirigeants traditionnels recevaient la dignité, la légitimité et l’autorité aux yeux du groupe en raison de leur origine divine ou de leur descendance directe des grands ancêtres fondateurs. En clair, on peut donc avancer que dans le cadre du monde traditionnel, c’est directement Dieu qui « fait » les rois…

Cette aura surnaturelle attachée au représentant du pouvoir temporel était officialisée par une cérémonie religieuse — le sacre — lors de laquelle la caste sacerdotale donnait solennellement au souverain les attributs symboliques du pouvoir (sceptre, couronne, main de justice, épée, pourpre… etc.), mais surtout, lui conférait le « droit divin » (ou ce que les chinois nomment le « mandat du Ciel »), soit l’onction offrant un influx sacré indélébile, à l’image du célèbre sacre du Roi de France à Reims qui faisait de ce dernier le « lieutenant du Christ » et le dotait de pouvoirs thaumaturgiques (les rois français étaient censés guérir la maladie des écrouelles par le toucher, en prononçant cette phrase explicite : « Le Roi te touche, Dieu te guérit »).

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Selon nous, un très bel exemple de cette sacralisation du pouvoir effectuée par le sacerdoce nous vient de l’Inde brahmanique avec le Rajasûya, qui était une véritable cérémonie rituelle usant d’un riche symbolisme à la portée cosmologique, et qui intronisait de façon quasi-théatrale le roi indien devant la société, faisant de lui une sorte de principe directeur central de l’ensemble de l’univers.

Voici comment Mircea Eliade décrit ce sacre rituel du roi indien : « La cérémonie centrale comprend plusieurs actes. Le roi lève ses bras, et ce geste a une signification cosmogonique : il symbolise l’élévation de l’axis mundi. Lorsqu’il reçoit l’onction, le roi reste debout sur le trône, les bras levés : il incarne l’axe cosmique fixé dans l’ombilic de la Terre — c’est-à-dire le trône, le Centre du Monde — et touchant le Ciel. (…) Ensuite, le roi fait un pas vers les quatre points cardinaux et monte symboliquement au zénith. A la suite de ces rites, le roi acquiert la souveraineté sur les quatre directions de l’espace et sur les saisons ; autrement dit, il maîtrise l’ensemble de l’Univers spatio-temporel » (Méphistophélès et l’androgyne, Gallimard, 1962, p. 224-225).

L’idée que la monarchie traditionnelle provient d’une origine supra-humaine se retrouve sur tous les continents : le souverain, une fois consacré par son clergé, incarne la figure de la divinité ici-bas, il est la tête de proue (le « chef » au sens premier du terme) de la communauté humaine, le centre unificateur fondant la bonne entente entre tous ses sujets, il maintient l’ordre et la justice internes, assure la protection des frontières extérieures face aux ennemis, et représente idéalement le principe vivifiant du cosmos, garant de la vitalité de la nature, de la fertilité de la terre et des bonnes récoltes.

En bref, on peut dire que tout roi sacré fait office d’intermédiaire entre le plan terrestre et le plan céleste, il constitue à la fois le rejeton des dieux et le père du peuple, à la fois le « maître de la terre » et le « Roi du Monde »…

Donnons quelques illustrations caractéristiques de cette déification intégrale du pouvoir temporel propre au monde de la Tradition.

Nous mentionnerons ainsi l’antique civilisation chinoise où l’Empereur (Wang : terme que l’on peut traduire par « Roi-Pontife ») était assimilé au « Fils du Ciel » et à l’archétype de « l’Homme universel » ; en tant qu’intermédiaire humain entre le Ciel divin et le domaine terrestre, sa vie entière était ritualisée et symbolique, il jouissait d’un pouvoir absolu, toutes les affaires mondaines, petites ou grandes, étaient donc de son ressort. Le vieux sage Tchoang-Tseu (chap. XII) enseignait à cet égard : « Le pouvoir du Souverain dérive de celui du Principe ; sa personne est choisie par le Ciel ». Enfin, citons ces quelques phrases de l’historien des religions Albert Reville qui montrent bien l’aspect supra-humain attaché à la fonction impériale : « Les Chinois distinguent nettement la fonction impériale de la personne même de l’empereur. C’est la fonction qui est divine, qui transfigure et divinise la personne, tant que celle-ci en a l’investiture. (…) L’Empereur, en Chine, est moins une personne qu’un élément, une des grandes forces de la nature, quelque chose comme le soleil ou l’étoile polaire » (La religion chinoise, Fischbacher, 1889, p. 58-60).

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En réalité, on retrouve chez l’ensemble des sociétés traditionnelles l’idée que la royauté est d’origine divine et le fait que le souverain représente sur terre la personnification humaine de la Divinité suprême ; par exemple, au Japon, le pouvoir impérial était directement issu de la grande déesse solaire Amaterasu Omikami, de même, Jules César faisait descendre sa lignée familiale (la gens Julia) de la déesse Vénus, ou encore, songeons à l’Antiquité grecque qui attribuait l’origine des rois au dieu des dieux, Zeus.

Julius Evola évoque bien d’autres traditions faisant de leur roi un sur-homme, issu d’une généalogie divine et incarnant ici-bas le Principe suprême : « D’après la conception indo-aryenne, par exemple, le souverain n’est pas un « simple mortel », mais bien « une grande divinité sous une forme humaine ». Dans le roi égyptien, on voyait, à l’origine, une manifestation de Râ ou d’Horus. Les rois d’Albe et de Rome personnifiaient Jupiter ; les rois assyriens Baal ; les rois iraniens le Dieu de lumière ; les princes germains et du Nord étaient de la même race que Tiuz, Odin et les Ases ; (…) Au-delà de la grande diversité des formulations mythiques et sacrées le principe constamment affirmé est celui de la royauté, en tant que « transcendance immanente », c’est-à-dire présente et agissante dans le monde » (Révolte contre le monde moderne, Ed. de l’Homme, 1972, p. 28).

Aux quatre coins du globe, les sociétés dites primitives ont elles-aussi fait de leur grand chef un personnage hautement sacré et ont enrobé leurs divers modes de gouvernance d’une qualification mytho-religieuse. En effet, dans les groupes tribaux, le roi était considéré comme un personnage à-part, une sorte de dieu vivant et de père symbolique, qui était le référant absolu, garant de la protection militaire, du respect de la justice, de la bonne conduite des rites, de la sécurité alimentaire et de la fécondité du clan.

L’ethnologue Raymond Firth (Primitive Polynesian Economy, 1939, p. 191) nous apprend ainsi que dans les tribus d’Océanie, « le chef a un rôle important parce qu’il est l’intermédiaire des dieux protecteurs du clan. Il a l’initiative et le contrôle de l’utilisation des ressources naturelles. Les cérémonies qu’il accomplit sont les points cruciaux du cycle saisonnier et économique » ; dans le même registre, Jean Servier (L’Homme et l’Invisible, R. Laffont, 1964, p. 326) fait observer qu’ « En Afrique, la royauté est directement issue du sacré, elle est la conséquence de la descendance de l’ancêtre fondateur qui donne une capacité particulière à remplir certaines fonctions rituelles déterminées. Il en est de même des rois agraires dans les civilisations méditerranéennes depuis l’Antiquité »…

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De tout ce qui précède nous pouvons dégager quelques idées principales : tout d’abord, on s’aperçoit que traditionnellement tout Pouvoir temporel nécessite l’apport d’une bénédiction spirituelle et d’une coloration religieuse afin d’assurer sa légitimité devant le reste du groupe ; une fois sacralisé, le chef assure les fonctions symboliques de centre, d’intermédiaire et de lien entre la Terre et le Ciel ; partout et toujours, le roi personnifie physiquement et symboliquement la Divinité suprême ici-bas, il incarne la figure humaine du Principe divin qui seul peut unifier et vivifier l’ensemble des composantes de la société, il devient aux yeux de tous le garant principal de la paix, de l’ordre, de la justice et de la sécurité alimentaire.

Sans ce surplus de Sacré, sans l’addition d’une aura surnaturelle et sans cette soumission à des prescriptions de nature religieuse, le Pouvoir ne peut qu’être usurpateur, il ne constitue qu’une force brute dépourvue de sagesse, et finalement le groupe social ne peut que se voir livré à l’entropie du tous contre tous, à l’image d’un aveugle qui ne prendrait pas sur ses épaules le paralytique voyant…

Afin d’appuyer nos propos, nous tenons ici à citer cette phrase éclairante émise par René Guénon dans son indispensable ouvrage, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel (Trédaniel, 1984, p.112) : « Le pouvoir temporel, avons-nous dit, concerne le monde de l’action et du changement ; or le changement, n’ayant pas à en lui-même sa raison suffisante, doit recevoir d’un principe supérieur sa loi, par laquelle seule il s’intègre à l’ordre universel ; si au contraire il se prétend indépendant de tout principe supérieur, il n’est plus, par là-même, que désordre pur et simple ».

A notre époque où tout lien sacral a été rompu, où tous les aspects de la vie ont été désacralisés et horizontalisés, où toutes les religions ont été profanées, où toutes les formes transcendantes de gouvernement ont été annihilées, les rois de droit divin ont tous été décapités depuis plusieurs siècles et la création des états laïcs, les nouveaux types de pouvoir sont donc tous illégitimes car seulement basés sur le pseudo-prestige d’une classe économique parasitaire : on a beau se faire surnommer « Jupiter » on en reste pas moins un métrosexuel gérontophile dégénéré…

2 Commentaires le “La sacralisation du pouvoir”

  1. Anwen

    Bonjour,
    Permettez-moi, à nouveau, quelques mots relatifs au sujet de votre article. Merci.
    Le Roi (et le prêtre) : Origine de l’androcratie
    C’est par la révolte contre le pouvoir gynécocratique et divin que commença l’anarchie ; mais la guerre commencée contre les femmes continua entre les hommes.
    Après avoir vaincu la Déesse, méconnu la Soffet, outragé la Sophia, l’homme fort écrasa l’homme faible, l’intellectuel, il nivela l’humanité en prenant pour étalon la bête humaine.
    C’est ce que nous enseigne la légende de Procuste qui raccourcit les étrangers pour les faire entrer dans son lit de fer.
    « La force déchaînée écrasa partout l’esprit et institua le règne des tyrans. La Grèce se hérisse de Républiques, les Celtes marchent de divisions en divisions ; une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu’ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l’espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison.
    « Tous voulaient, commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l’anarchie était partout. Les noms qu’ils se donnaient exprimaient leur désir d’indépendance : c’étaient les Alains ou All-ans, les égaux en souveraineté ; les Allemands, égaux en virilité ; les Vandales, ceux qui s’éloignent de tous ; les Free-sons (Frisons), les fils libérés ; les Cimbres, les ténébreux ; les Swabes, les hautains ; les Allobroges, les briseurs de tous liens ; les Scandinaves, ceux qui errent sur leurs navires ; les Saxons, les enfants de la Nature, etc., etc.. » (Fabre d’Olivet).
    C’est que, le joug de la Femme brisé, il n’en restait pas d’autre. L’homme avait bien pu se soumettre à celle qu’il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ? La première autorité qu’il voulut prendre est celle que représente l’Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du trône et de l’autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l’Asie qu’elle avait d’abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
    L’esprit de l’homme errait dans les ténèbres qu’il s’était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d’un remède, il y trouvait une cause d’aggravation de son mal.
    Enfin l’instinct triompha… et l’homme alors se servit de sa puissance pour s’affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
    Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l’instinct batailleur de l’homme. C’est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l’exercer, et c’est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C’est alors qu’il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n’est pas un avantage si cette chose n’est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l’intelligence, c’est une qualité négative, c’est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
    Se glorifier d’avoir plus de force qu’un autre est aussi logique que si l’on se glorifiait d’avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
    Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l’homme bon, Agathos, c’est l’homme fort à la guerre ; Arïstoï, les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. On se rappelle que les Lacédémoniens allaient jusqu’à jeter au barathre (sans le consentement des mères) les enfants mal venus. Chez les Romains, le mot Virtus signifie la force par excellence (vir).
    Ces nouvelles idées servaient de prétexte pour avilir la Femme, pour l’asservir et la réduire en captivité ; tous ses droits furent violés, on ne lui en laissa qu’un : plaire à l’homme.
    Mais cela ne fut pas sans de formidables luttes entre les partisans de la force et ceux de la Justice.
    Les hommes s’étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c’est-à-dire l’exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
    Ceux qui avaient le plus d’audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s’inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l’humanité.
    Il faut à l’homme un esclavage. Aussitôt qu’on lui supprime son esclavage naturel, celui qui l’asservit à la raison, il s’en, procure un autre.
    C’est dans le millénaire qui précéda le Christianisme que l’homme fit des lois.
    Mais ces lois n’avaient pour but que de comprimer les esprits ou d’empêcher les révoltes, afin d’assurer aux chefs le libre exercice de leurs passions. Entre hommes, cela se supportait par réaction contre la Femme, par solidarité de sexe, mais à la longue, le joug devenait trop lourd ; alors on changeait de chef, c’est-à-dire de tyrannie. Et les rois n’étaient guère plus heureux que leurs sujets, vivant dans une crainte continuelle et de la Femme qui cherchait toujours à reprendre ses droits, et des autres hommes dans lesquels ils ne voyaient que des rivaux cherchant à prendre la place qu’ils occupaient. Du reste, ils avaient presque tous une triste fin, la preuve en est donnée par la statistique qui est aussi implacable qu’effrayante par ses constatations ; celle-ci par exemple : Jusqu’en 1886, il y a eu sur la Terre 2.550 empereurs et rois, qui ont gouverné 74 peuples. Il n’est question, bien entendu, que des vrais monarques ayant eu des royaumes de réelle importance. Voici quelle a été leur destinée : 300 ont été chassés du trône ; 64 ont été obligés d’abdiquer ; 28 se sont suicidés ; 23 sont devenus fous ; 100 ont été tués à la guerre ; 123 ont été capturés ; 25 ont été torturés ; 151 ont été assassinés ; 108 ont été condamnés à mort et exécutés.
    Pour justifier son pouvoir, l’homme prétendait qu’il avait toujours existé. C’est la réponse que faisaient les femmes quand on les attaquait. Les hommes se l’appropriaient, la répétaient en l’appliquant à leur règne, mais comme c’était un mensonge, ils ne pouvaient le justifier que par d’autres mensonges.
    C’est ainsi que plusieurs peuples anciens, pour prouver la haute antiquité de leur origine masculine, montraient des listes interminables de rois dont les règnes, ajoutés ensemble, formaient des milliers d’années, et toujours le premier de cette série était Hélios (le soleil) (en Egypte, en Colchide, à Rhodes, à Cusco).
    La science historique des hommes a accepté ces listes, n’a pas discuté ces monuments ; elle en a fait la base de l’enseignement classique.
    D’autres hommes, les prêtres, les mages, se prolongeaient dans le passé par des documents de fabrication aussi facile.
    La révolution masculine, née de la révolte contre le pouvoir gynécocratique, basa sa puissance sur la force, sur la conquête. C’est le conquérant qui se déclara roi.Ce n’est donc pas le meilleur, c’est le plus fort. C’est ce qui fait que le monde masculin fut représenté comme le chaos aux cent têtes, aux cent bras, bataillant, rivalisant, gesticulant. Période de désordre et de discorde, où l’Etat devint l’image de la famille sans femme. Les rois assassinés étaient remplacés par des hommes de la plus basse extraction. Partout régnait la terreur, partout, on voyait le meurtre, le crime et la débauche.
    Au milieu de ces luttes formidables, le parti gynécocratique essayait de sauver le pouvoir de la Femme qui s’effondrait et allait bientôt sombrer dans le Droit romain, dans la Loi de l’homme.
    Au milieu de ce chaos, on ne pouvait faire qu’une chose : essayer de conserver le dépôt des traditions antiques et le principe des sciences en les cachant dans le secret.
    Une aristocratie mâle gouvernait partout des troupeaux d’esclaves, de femmes et d’enfants. A la fois propriétaires, prêtres et juges, les chefs de la nouvelle famille allaient exercer un pouvoir sans limité sur le bétail humain qu’ils exploitaient et décimaient à merci. Et tout cela, ils le justifiaient en disant : Les dieux l’ont voulu.
    L’Androcratie devait être une époque de terreur et de misère, car l’homme qui règne, c’est l’homme qui prend, alors que le règne de la Mère avait été la Providence qui donne.
    La femme avait régné par l’Amour, l’homme va régner par la terreur.
    Partout, du reste, le pouvoir despotique donne de tristes résultats.
    Dans Athènes, un oracle avait forcé Codrus, son dernier roi, à se dévouer à la mort ; à Lacédémone, Lycurgue abdiqua la royauté et forma le projet de régulariser le mouvement anarchique en faisant de Sparte un couvent de soldats. Il avait institué sur un seul point de la Grèce une sorte de congrégation guerrière, mélange de despotisme et de démocratie, en apparence consacrée à la liberté, mais destinée, au fond, à combattre ceux qui ne se soumettaient pas au pouvoir nouveau. Cette formidable institution renversa la supériorité intellectuelle à Athènes et prépara le triomphe d’Alexandre.
    Ce législateur guerrier était un esprit peu élevé (il tira sa doctrine et ses lois d’un philosophe nommé Talétès). Ce n’est plus du Temple de la Sagesse que sortent les lois, c’est du Prytanée, édifice où résidaient les Prytanes ou Sénateurs chargés de l’administration de la République.
    Le régime militaire renverse le règne de l’Esprit.
    Corinthe chasse ses rois. Ceux qui résistent au torrent de l’opinion déchaînée contre eux sont obligés d’employer des moyens tyranniques pour se maintenir. Ils sont appelés des Tyrans.
    En Perse, en 228 ans, depuis Cyrus qui monte sur le trône en 559 jusqu’à la mort de Darius détrôné par Alexandre en 331, quatorze rois, presque tous assassins ou assassinés, se succèdent sur le trône.
    Et cependant tous ces hommes se donnent des titres magnifiques : tel Çyaxare (Kai-Assar), suprême monarque ; Xercès (Shir-Shah), le vaillant roi, le roi Lion ; Cyrus (Kai-Kosrai), qui prend le surnom de Théos (Dieu).
    Cependant Khan, titre de l’autorité masculine, en Tartarie, est l’origine du nom de Caïn.
    On représenta par les deux serpents du caducée les deux aspects du pouvoir de l’homme : le Roi, le Prêtre. Ensemble, mêlant la force à la ruse, ils vont torturer l’humanité.
    L’Empire d’Assyrie, qui dura près de sept siècles, de 1314 à 625, nous donne une idée de ce que fut le régime de terreur que la royauté avait inauguré.
    Adra-melech fut l’idole des Assyriens. On croyait l’honorer en exposant aux flammes et en faisant brûler des enfants sur ses autels.
    « Les rois d’Assur ne calculaient leur puissance que par le nombre des villes ennemies qu’ils avaient incendiées et par celui des guerriers qu’ils avaient cruellement égorgés après la bataille.
    « Le monarque, le sceptre en main et la tiare sur la tête, se plaisait à contempler les ruines fumantes des forteresses prises d’assaut, les prisonniers garrottés, les cadavres des ennemis décapités.
    « On le voyait, après la victoire, debout sur son char de guerre, insulter aux vaincus.
    « Aucun peuple dans l’antiquité n’apporta dans ses cérémonies du culte des pratiques aussi cruelles. Leurs dieux mâles semblaient avoir soif de sang humain.
    « Les jours de fêtes principales, au pied de la statue de Baal, on allumait un grand bûcher. Les parents venaient alors, portant au cou un de leurs enfants nouveau-nés. On plaçait la pauvre petite créâture sur les mains étendues du dieu, puis les bras, qui étaient mobiles, s’abaissaient lentement, au moyen d’un mécanisme, et l’enfant tombait au milieu du brasier »
    La cruauté était le résultat des passions masculines déchaînées, d’un débordement de débauches, qui devait en même temps obscurcir l’esprit de ces hommes.
    C’est pourquoi Midas, roi d’Assyrie, est représenté avec des oreilles d’âne.
    A propos de Cyrus, Hérodote dit que les Perses avaient pour roi un mulet. Tel est le régime qu’on allait opposer à la Gynécocratie.
    Nous allons dans ce blog passer en revue les grands événements qui s’accomplirent dans le millénaire précédant l’ère actuelle, dans l’Inde, la Perse, l’Egypte, la Chine, la Grèce et Rome, et nous allons montrer que partout une profonde révolution religieuse changea l’orientation du monde.
    Le Prêtre
    Comment la Prêtrise exercée par l’homme commençât-elle ? Quelle est l’origine du sacerdoce ? Quelles furent les premières phases de son évolution ?
    L’histoire réelle nous montre que les premiers hommes investis de ces fonctions, dans l’antique Théogonie, sont des officiants mis au service de la Déesse et qui portaient le nom de « Prêtres domestiques ».
    Renan,dans Le Peuple d’Israël, dit (p. 149) : « Le clergé est d’origine égyptienne. Les Israélites eurent probablement de ces sortes de ministres que chaque famille nourrissait pour les services qu’ils rendaient ; c’est ce qu’on appelait un adhérent, un aubain, un adjoint à la tribu ».
    Et il explique que le mot ministre (en latin minister) veut dire serviteur ; il vient de minor (moindre), et c’est de là qu’est venu le nom minime donné à des ordres religieux.
    Suite dans le lien cidessous, si cela vous intéresse…
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/livres-de-femmes-livres-de-verites.html
    Cordialement.

    • Pierre-Yves Lenoble

      Merci pour ce très riche et instructif commentaire. Selon moi, la royauté (tout comme la prêtrise) est un moindre mal pendant le kali yuga ; nombreuses traditions affirment que les premiers êtres humains en début de cycle avaient la nature de prêtre et de roi (par ex la caste Hamsa de l’Hindouisme), or à notre époque la grande majorité des hommes (je dirais 95%) ont besoin d’avoir leur principe directeur à l’extérieur d’eux-mêmes (et heureusement car ils sont bien trop dégénérés et feraient encore plus n’importe quoi). Par contre, je pense que la violence et la volonté brutale de domination sont des caractéristiques partagées par les hommes et les femmes de tous temps. EN clair, pour moi le distinguo principal n’est pas entre androcratie et gynocratie, mais entre les sociétés traditionnelles vitalistes (qui construisent) et les sociétés modernes suicidaires (qui déconstruisent). Mais votre point de vue reste d’un grand intérêt, notamment au niveau de l’étymologie. Cordialement.

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